Eolien, solaire, nucléaire : La France doit sortir des jugements idéologiques pour faire baisser la facture énergétique

Pour une stratégie énergétique qui n’esquive plus la question de la facture

Alors que la future Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) s’est enlisée politiquement dans un débat stérile sur la part du nucléaire et des renouvelables, un paradoxe demeure : la baisse du coût de l’énergie n’est toujours pas au centre du jeu. Pourtant, c’est la clé du pouvoir d’achat des ménages, de la compétitivité de nos entreprises et de la maîtrise des dépenses des collectivités locales.

La France possède des atouts uniques : maîtrise complète de la filière nucléaire, leadership en hydraulique, gaz vert, gestion des réseaux, éolien en mer ; potentiel solide en géothermie, mais aussi biomasse ; savoir-faire reconnu en solaire et en éolien terrestre. Autour d’EDF, Engie, Total, Schneider, Véolia ou Suez existe des PME capables d’innover tant dans la production, que dans la maîtrise de la consommation.

Un débat confisqué par les postures politiques

Il ne manque donc qu’une chose : sortir des jugements idéologiques pour finaliser une stratégie de sortie des fossiles guidée par un principe — faire baisser la facture. Or le débat public évite soigneusement cette question. On assène des certitudes (« le coût de l’intermittence est insupportable », « le nouveau nucléaire est trop cher ») pour mieux éluder l’analyse. Pendant ce temps circulent les chiffres les plus fantaisistes sur « le coût de la PPE », tandis que le lobby fossile entretient le doute pour préserver une dépendance ruineuse à des énergies que la France ne produit pas. Car oui nous consommons majoritairement du gaz fossile et du pétrole importés !

Et quand les pays du Golfe disposent du renouvelable à moins de 20 €/MWh, nous nous félicitons de les produire trois à six fois plus cher. Ce n’est pas tenable.

Viser le coût minimal : une priorité nationale

Électrifier les usages, développer des projets qui ont la taille critique ; accepter des éoliennes plus puissantes ; optimiser les réseaux ; responsabiliser les producteurs sur la gestion de l’intermittence (stockage, effacement…). Ces leviers ne demandent qu’à être activés.

À l’inverse, notre inflation réglementaire — souvent dictée par des arrière-pensées pour empêcher le déploiement de telle ou telle technologie — renchérit les projets. Résultat : nous subventionnons des projets renouvelables qui sont jusqu’à trois fois plus chers que chez nos voisins européens les plus compétitifs. Idem pour le nucléaire : fascinés par les EPR de 2040, nous sous-estimons l’impact décisif de l’amélioration du taux de charge du parc existant. En deux ans, le seul rebond de production nucléaire représente davantage que l’ensemble de la production annuelle de l’éolien et du solaire réunis !

Penser le système énergétique dans sa globalité

L’énergie est un système intégré : coûts de raccordement, stockage, transport et distribution, pilotage de la consommation, sobriété. Cette sobriété n’a rien d’un manifeste décroissant : elle relève du bon sens industriel. De même, des atouts décisifs comme la biomasse, la géothermie ou la valorisation des surplus électriques par le « data mining » ou l’intelligence artificielle sont absents du débat public.

Selon la façon dont on conçoit un système énergétique, les coûts peuvent varier de 1 à 5. Certains réseaux sont indispensables, d’autres inutilement coûteux. Certaines combinaisons de technologies créent des synergies qui réduisent la facture, d’autres empilent des investissements qui la font exploser. C’est pourquoi un système énergétique doit se penser globalement, et chaque projet être évalué sur ses mérites — non sur sa « couleur » technologique.

Tout cela figure clairement dans le projet de « programmation pluriannuelle de l’énergie », attendue depuis de longs mois. Encore faut-il le mettre en œuvre. Mais, faute de visibilité, les investissements sont reportés ou partent dans d’autres pays. L’incertitude se paie cash. Pour rester une puissance énergétique et industrielle, la France doit assumer de faire de la baisse durable de la facture des Français sa boussole absolue. Elle doit publier, enfin, sa stratégie et surtout la déployer sur le terrain. Nous sommes prêts à y travailler !


Agnès Pannier-Runacher est ancienne ministre de la Transition énergétique et députée
(Renaissance) du Pas-de-Calais.
Olga Givernet est ancienne ministre chargée de l’Energie et députée (Renaissance) de l’Ain.
Jean-Luc Fugit est président du Conseil supérieur de l’énergie et député (Renaissance) duRhône.
Xavier Albertini est député (Horizons) de la Marne.
Marie-Noëlle Battistel est députée (Parti socialiste) de l’Isère.
Philippe Bolo est député (Modem) du Maine-et-Loire.
Gérard Leseul est député (PS) de Seine-Maritime.
Antoine Vermorel-Marques est député (Les Républicains) de la Loire.
Tribune collective

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