Loi d’urgence agricole : une première étape

Les agriculteurs sont les premières victimes du dérèglement climatique.
Les sécheresses se multiplient, les rendements deviennent plus incertains, les épisodes de gel ou d’inondation se répètent, les maladies progressent. Cela a un impact direct, important et croissant sur les revenus agricoles.
Aucun secteur n’est plus directement dépendant de la qualité des sols, de la disponibilité de l’eau ou du bon fonctionnement des écosystèmes. Aucun. Opposer agriculture et écologie revient donc à opposer un métier à ses propres conditions d’existence. Cela n’a pas de sens.
On le voit, l’avenir ne se trouve ni dans une écologie déconnectée des réalités sociales, ni dans un productivisme qui ignorerait les limites de notre planète. Il se trouve dans une approche pragmatique fondée sur la science, sur une écologie populaire capable d’embarquer tout le monde : les agriculteurs, les consommateurs, les entreprises, les collectivités locales et l’État.
C’est avec cette boussole que j’ai examiné ces deux dernières semaines la loi d’urgence agricole. Et mardi j’ai voté le projet de texte en première lecture en étant très consciente de ses limites et des éléments inacceptables qu’il comporte. Je l’ai fait car je souhaite que les éléments positifs que nous y avons intégrés puissent être examinés au sénat.
Ce vote n’emporte pas mon vote final mais il témoigne d’une volonté d’avancer et de redonner des perspectives au monde agricole.
Le texte adopté aujourd’hui renforce en effet les contrôles sur les importations de produits ne respectant pas nos normes, crée une brigade nationale chargée de lutter contre les fraudes, favorise l’approvisionnement de produits durables dans les cantines, renforce le statut de louvetier, met en cohérence les procédures européennes et françaises pour la création d’élevages. Elle apporte aussi des réponses sur la gestion de l’eau pour aider notre agriculture à s’adapter aux tensions d’approvisionnement.
Pour autant, voter ce texte ne signifie pas considérer qu’il est parfait. Loin de là.
Le texte passe complètement à côté de l’enjeu de la rémunération des agriculteurs. Sous couvert de la protéger, LFI et RN ont joint leurs voix pour vider de sa substance les mesures que prévoyait le projet de loi et notamment le « tunnel de prix » au grand regret des agriculteurs. Pour LFI et le RN les prix se décréteraient hors de toute considération économique. Et cette naïveté fera le jeu des compétiteurs étrangers aux dépens de nos agriculteurs.
Je ne reviendrai pas non plus sur l’interdiction d’importations qui frapperait des biens qui ne sont pas produits en quantité suffisante en France, au mépris de considérions basiques de sécurisation de nos approvisionnements.
Enfin, la souveraineté agricole que je porte s’accompagne d’une exigence de durabilité. Produire aujourd’hui en abîmant notre capacité de faire de même demain n’est pas acceptable. Nous nous devons de produire mieux en préservant nos ressources naturelles, d’investir massivement dans l’innovation et l’adaptation au changement climatique et de sécuriser la rémunération future de nos agriculteurs.
Certaines dispositions concernant la préservation de l’eau, des zones humides ou les procédures environnementales vont dans le sens contraire. Considérer notamment que des pollutions « historiques » ne doivent pas appeler les mêmes mesures de protection des populations que des pollutions récentes est insensé scientifiquement et immature politiquement. La suppression de l’approche « One Health », pourtant adoptée en commission, dans les critères de reconnaissance des projets d’avenir agricole relève de la même erreur : on ne peut pas dissocier la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes, car elles sont intimement liées, et une agriculture d’avenir ne peut se construire en ignorant ce lien.
Vous l’avez compris : il y a encore beaucoup de travail à mener. Mais il faut avancer. C’est maintenant au Sénat qu’il appartient de faire des propositions.