RC Lens : Agnès Pannier-Runacher appelle à une réforme urgente pour protéger les clubs professionnels

Actus. La députée de la 2e circonscription du Pas-de-Calais défend une réforme du sport professionnel. Gouvernance de la Ligue de football, droits télévisés, lutte contre le piratage et avenir du RC Lens : Agnès Pannier-Runacher estime qu’il est urgent de protéger « le football des territoires…
Actus. La députée de la 2e circonscription du Pas-de-Calais défend une réforme du sport professionnel. Gouvernance de la Ligue de football, droits télévisés, lutte contre le piratage et avenir du RC Lens : Agnès Pannier-Runacher estime qu’il est urgent de protéger « le football des territoires ».
Publié le 02/06/2026 – Par Clément Demazure
La députée de la 2e circonscription du Pas-de-Calais, Agnès Pannier-Runacher,a cosigné une tribune dans Le Parisienpour alerter sur la fragilité économique du sport français. Alors que le RC Lensvient de soulever la Coupe de France, elle plaide pour un examen rapide d’une proposition de loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel visant notamment à réformer en profondeur la gouvernance du football français et la lutte contre le piratage.
Entretien.
HorizonActu : Pourquoi est-il important pour vous de monter au créneau avec cette proposition de loi ?
Agnès Pannier-Runacher : C’est crucial parce que nous voyons qu’un certain nombre de clubs de Ligue 1 rencontrent aujourd’hui des difficultés financières. La question du piratage a un impact majeur sur le financement du football professionnel. Cette fraude est estimée à près de 300 millions d’euros en 2023 et elle continue de progresser selon les experts.
Il y a également la question des droits télévisés, dont la répartition crée des écarts considérables entre les clubs. La proposition de loi vise notamment à réduire ces disparités. Enfin, il y a un enjeu de gouvernance du sport professionnel. C’est un sujet qui concerne toutes les disciplines, mais qui est particulièrement urgent dans le football.
Pourquoi ce sujet vous touche-t-il particulièrement ?
Je me suis intéressée à ces questions à travers le parcours du Racing Club de Lens, qui est le club de mon territoire. C’est un club qui dispose d’un budget relativement modeste pour la Ligue 1 mais qui réalise des performances remarquables grâce à un collectif fort, un territoire engagé et des supporters exceptionnels.
Ce dont nous parlons aujourd’hui, c’est du football populaire, du football des territoires. L’enjeu est d’éviter que le football professionnel soit capté par une poignée de très grands clubs européens et qu’un modèle purement économique prenne le dessus sur tout le reste.
Le RC Lens sort d’une saison exceptionnelle du point de vue des résultats sportifs avec pour autant un petit budget. Cette loi peut-elle contribuer à rééquilibrer le championnat ?
C’est ma conviction. Le RC Lens est un club très bien géré. S’il alerte aujourd’hui, via la voix de son président Joseph Oughourlian, ce n’est pas par facilité mais parce qu’il existe un véritable déséquilibre. Il y a la question du piratage, qui touche tous les clubs, mais aussi celle de la gouvernance de la Ligue de football professionnel. À l’évidence, cela ne fonctionne plus.
La répartition actuelle des droits audiovisuels crée des écarts très importants qui peuvent mettre certains clubs en difficulté. Ce n’est pas le football que nous voulons. La ferveur populaire que l’on voit à Lens, mais aussi à Rennes, Marseille ou ailleurs, fait la richesse de notre championnat.
La gouvernance de la Ligue de football est régulièrement critiquée notamment par le président du RC Lens. L’ultra-domination du PSG est aussi pointée du doigt. Que changerait concrètement cette réforme ?
D’abord je me réjouis des succès du PSG en ligue des champions même si je suis une fervente supportrice du RC Lens.
L’objectif n’est pas d’opposer les clubs. En revanche, il faut mieux gérer les situations de conflit d’intérêts au sein de la Ligue. (Nasser Al-Khelaïfi est à la fois président du PSG et président de BeIN Media Group.)
La réforme vise à rééquilibrer les pouvoirs et la représentation des clubs. Il ne faut pas construire un système qui favorise uniquement une ou deux équipes capables de rivaliser au niveau européen. Les Français sont attachés à des clubs enracinés dans leurs territoires et cet équilibre doit être préservé.
Souhaitez-vous que cette réforme soit appliquée dès la prochaine saison ?
Ce serait l’idéal. Dans tous les cas, il faut que ce texte soit adopté avant la fin de la mandature.
Le piratage représente un manque à gagner considérable. Quels outils prévoit la loi ?
Si nous ne faisons rien, le phénomène continuera à progresser. La proposition de loi crée un délit spécifique de piratage sportif visant les diffuseurs illégaux et ceux qui font leur promotion. La publicité pour ces services pourrait être punie d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.
Le texte prévoit également des mécanismes de blocage en temps réel par l’Arcom pendant les retransmissions sportives ainsi qu’une participation accrue des diffuseurs à la lutte contre le piratage.
Cette réforme concerne aussi le sport féminin ?
Bien sûr. Elle concerne l’ensemble du sport professionnel. Le sport féminin affiche aujourd’hui un très haut niveau de performance mais il existe encore des inégalités importantes. L’objectif est de lui donner les moyens financiers et les outils nécessaires à son développement.
Et le sport amateur ?
Les deux sont liés. Un sport professionnel fort permet au sport amateur de se développer. Il crée de l’engouement, attire des licenciés et contribue à faire vivre les clubs locaux. Sur notre territoire, des clubs comme Vimy, Avion ou Lens participent à ce maillage indispensable.
Craignez-vous que certains clubs disparaissent si rien n’est fait ?
Mon rôle est d’alerter et d’agir. J’ai déjà interpellé le gouvernement sur ce sujet. J’ai le sentiment qu’il y a une écoute attentive mais il faut désormais que ce texte avance concrètement.
Le RC Lens vous a-t-il directement fait part de ses inquiétudes ?
Le RC Lens est emblématique de ces clubs qui obtiennent des résultats remarquables avec des moyens bien inférieurs à ceux des grandes puissances européennes. Je ne veux pas que des clubs comme Lens soient fragilisés par un système devenu déséquilibré. Défendre le football populaire, les territoires et le sport féminin est une responsabilité collective.
Lire l’interview sur Horizon Actu