Traité plastique : cessons d’attendre les retardataires

La quasi-totalité du plastique est fabriquée à partir de pétrole. La lutte contre la pollution plastique est avant tout un combat contre notre dépendance aux énergies fossiles.
Aujourd’hui, lors d’une conférence organisé par No Plastic in my Sea, j’ai voulu porter une conviction simple : la véritable bataille se joue à la source.
Le recyclage est utile, mais il est très imparfait et il est anecdotique face au triplement attendu de la production mondiale de plastique.
Et lorsqu’il devient l’unique horizon de politique publique, alors que 30% des emballages plastique ne sont pas recyclables en France et que ce qui est recyclable ne l’est pas indéfiniment, à la différence du verre ou de l’aluminium, on se trompe de combat.
Et surtout on fait le jeu des producteurs de plastique car centrer le débat sur le recyclage permet d’entretenir l’idée que nous pouvons continuer à produire et consommer toujours plus de plastique sans remettre en cause le modèle à la source. C’est une erreur.
Nous devons d’abord réduire les emballages inutiles, et il y en encore beaucoup, réduire la part de plastiques non recyclables dans nos déchets, développer l’utilisation et le remploi de matériaux alternatifs, comme le verre, pour sortir du tout-jetable.
Dans ce paysage, la consigne plastique obligatoire n’est certainement pas une réponse à la hauteur des enjeux. Les collectivités locales ont raison de s’y opposer alors qu’elles ont développé des centres de tri et de valorisation. La consigne peut éventuellement compléter une politique locale de réduction de l’usage du plastique à condition d’être directement pilotée par la collectivité locale.
L’Europe doit prendre sa part dans cette politique en interdisant l’exportation des déchets hors d’Europe et en luttant contre la fraude au plastique recyclé. L’UE doit faire respecter comme sur de nombreux sujets un agenda de concurrence loyale.
Au plan international et à quelques jours d’une nouvelle séquence de négociations internationales sur le traité plastique à Nairobi, les pays les plus ambitieux ne doivent pas être pris en otage par une poignée d’Etats qui défendent contre vents et marées les énergies fossiles.
Car rappelons qu’à mesure que le monde cherche à réduire sa dépendance au pétrole et au gaz comme sources d’énergie, certains cherchent à faire du plastique leur plan B. C’est aussi contre cette stratégie de dépendance que nous devons nous battre.
Et soyons honnêtes, nous ne réussirons pas en reprenant la méthode qui a échoué à Busan puis à Genève.
Nous avons une force que nous ne devons pas sous-estimer : le Nice Wake Up Call.
L’an dernier, lors de la Conférence des Nations unies sur l’océan, plus de 96 pays ont signé un appel en faveur d’un traité plastique ambitieux à l’initiative de la France.
Et ces 96 pays n’ont besoin de la permission de personne pour appliquer, chez eux, ce qu’ils ont eux-mêmes soutenus.
Nous avons parfois tendance à considérer le traité comme le point de départ. En réalité, il peut être le point d’arrivée. Les transformations commencent toujours par une coalition de pays qui décident d’avancer avant les autres. La France copréside cette coalition, avec la Norvège et le Rwanda.
Si les pays ambitieux décident aujourd’hui, comme l’ont déjà fait la France et l’Europe, de prendre des mesures de restriction du plastique à usage unique, d’interdiction de produits chimiques problématiques et de mises en place d’alternatives aux plastiques, alors les pays producteurs devront s’adapter.
Certains diront que le multilatéralisme est essoufflé, qu’un appel n’a pas la force d’un traité. C’est exact.
Mais je veux rappeler qu’il a fallu vingt-et-une conférences pour parvenir à l’Accord de Paris sur le climat.
Les grandes transformations prennent du temps. Elles reposent pourtant sur une condition simple : que celles et ceux qui portent l’ambition ne renoncent jamais.