Madame Tondelier, en arrimant l’écologie à Mélenchon, vous la sacrifiez

Tribune publiée dans Le Figaro le 6/05/2026 Chère Marine Tondelier, en arrimant l’écologie à Mélenchon, vous sacrifiez l’écologie. Les résultats des dernières élections municipales doivent être lus avec lucidité. Oui, votre famille politique, Les Écologistes, recule. Vous perdez des villes emblématiques comme Bordeaux, Strasbourg ou…
Tribune publiée dans Le Figaro le 6/05/2026
Chère Marine Tondelier, en arrimant l’écologie à Mélenchon, vous sacrifiez l’écologie. Les résultats des dernières élections municipales doivent être lus avec lucidité. Oui, votre famille politique, Les Écologistes, recule. Vous perdez des villes emblématiques comme Bordeaux, Strasbourg ou Poitiers. Mais ce recul n’est pas celui de l’écologie. Il est celui d’un positionnement politique qui a choisi de s’opposer à l’action, et l’alignement partisan contre l’intérêt général.
En arrimant l’écologie à Jean‑Luc Mélenchon et à la logique de confrontation permanente de La France insoumise, vous avez transformé ce combat prioritaire en marqueur idéologique. Et ce faisant, vous l’avez sacrifié.
L’écologie devrait unir les Français autour d’attentes simples : mieux respirer, mieux se nourrir, être en bonne santé, payer une énergie abordable, protéger notre agriculture, préparer nos territoires aux inondations, aux canicules et aux sécheresses. Elle devrait parler à la France entière. Vous en avez fait le drapeau d’un bloc politique qui fracture et qui exclut.
Le choix n’est pas neutre. En servant de caution verte à Jean‑Luc Mélenchon, vous rendez possible en 2027 une face‑à‑face mortifère entre les extrêmes. Car chaque fois que l’écologie est synonyme de condamnations et de punitions, elle nourrit en retour le potentiel électoral de l’extrême droite. Chaque fois qu’elle se confond avec LFI, elle éloigne les classes moyennes, les territoires ruraux, les ouvriers, les artisans. Chaque fois qu’elle confond outrage militant et sincérité, elle conforte ses opposants populistes.
Il y a bien deux conceptions irréconciliables de l’écologie. La première est celle que vous incarnez désormais : une écologie de la contrainte, de la défiance et du soupçon. Une écologie qui considère l’humain comme le problème. Une écologie qui accumule les interdictions, stigmatise les modes de vie, oppose les territoires et détruit l’emploi et les entreprises. Qui pense la transition contre les Français, au risque de les braquer et de la rendre inacceptable.
« Quand vos alliés refusent le nucléaire, ils fragilisent notre souveraineté et affaiblissent notre capacité à décarboner rapidement »
La seconde est celle que je porte avec beaucoup d’élus locaux et de députés, de droite raisonnable de la gauche responsable : une écologie populaire. Une écologie qui se met au service des femmes et des hommes, qui part de leurs besoins, qui construit des solutions crédibles et désirables. Une écologie qui protège sans punir, qui transforme sans brutaliser, qui embarque chacun mais ne cherche pas à imposer. Une écologie qui crée de la richesse, développe notre économie et investit dans l’avenir.
Je l’ai vécue en tant que ministre. Quand vos alliés refusent le nucléaire, ils fragilisent notre souveraineté et affaiblissent notre capacité à décarboner rapidement. Quand ils dénoncent l’industrie, ils oublient que la transition énergétique a besoin de batteries électriques, de pompes à chaleur, d’acier décarboné ou de véhicules bas carbone qu’il est essentiel de produire en France. Quand ils attaquent au tribunal les projets d’infrastructures qui protègent contre les inondations et les sécheresses, ils exposent agriculteurs et habitants. Quand ils culpabilisent les automobilistes, ils pénalisent d’abord ceux qui n’ont pas le choix : les plus précaires, les habitants des zones rurales et des périphéries. Ceux que vous prétendez défendre.
À l’inverse, une écologie efficace investit au lieu d’interdire. Elle relocalise au lieu d’importer cyniquement des marchandises produites au bout du monde dans des conditions sociales et environnementales bien moins exigeantes qu’en France. Elle assume un mix énergétique cohérent, où le nucléaire et les renouvelables avancent ensemble. Elle accompagne les ménages pour rénover leur logement, se déplacer et consommer autrement, sans sacrifier leur pouvoir d’achat. Elle défend nos agriculteurs au lieu de les dresser contre les écologistes.
Dans le Pas‑de‑Calais, où nous sommes toutes deux élues, j’ai vu ce qu’ont produit ces politiques concrètes déployées ces dernières années : des usines qui ont ouvert, des milliers d’emplois, des territoires qui résistent mieux face aux aléas climatiques. Sur le plan national, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé cinq fois plus vite depuis 2017 que lorsque votre parti était aux affaires, entre 2012 et 2017. Et c’est bien ce qu’attendent nos concitoyens. Des résultats concrets, des solutions simples et accessibles au plus grand nombre. Pas de grands discours qui masquent mal des accords d’arrière‑cuisine avec Jean‑Luc Mélenchon.
Agnès Pannier-Runacher