Incendies : regarder la réalité en face et préparer la France

Depuis plusieurs jours, j’observe avec une infinie tristesse ce qui se passe dans le sud-ouest de la France : des habitants qui évacuent au milieu de la nuit, des centaines de maisons qui brûlent, des animaux sauvages et domestiques en panique, des milliers d’hectares de forêt qui partent en fumée.
Comme toujours dans ces moments de sidération, il y a ceux qui s’engagent aux côtés des sinistrés sans une hésitation : les pompiers venus de toute la France (dont deux départs du Pas-de-Calais ces dernières 48 heures), les élus locaux et leurs services, les agriculteurs qui mettent leurs équipements et leurs forces dans la bataille, les inconnus qui ouvrent leurs portes ou apportent des vêtements et de la nourriture. Merci infiniment à eux de donner corps à cette valeur de Fraternité qui trône fièrement dans notre devise. Ils sont l’honneur de notre pays.
Et puis… il y a les commentateurs, les experts autoproclamés du jour, les chroniqueurs qui nourrissent des polémiques aussi inutiles que dangereuses.
Oui, ces incendies ont un lien avec le dérèglement climatique. Il ne s’agit pas de faire peur, mais de regarder la réalité en face.
Oui, plus de 90 % des départs de feu sont d’origine humaine, par négligence ou par acte criminel. Nous sommes donc tous concernés.
Oui, il faut des moyens pour lutter contre les incendies. Et ça tombe bien : ils ont augmenté de 60 % depuis 2017. Cela a permis de quadrupler la flotte de Dash, de renouveler les hélicoptères, de renforcer les moyens terrestres et d’améliorer le statut des pompiers professionnels comme volontaires. C’était nécessaire.
Oui, nous aimerions tous disposer de davantage de Canadair. Mais la ligne de production de ces avions a été arrêtée pendant dix ans. Nous n’aurions donc pas eu un appareil supplémentaire cet été. C’est précisément pour cette raison que la France a renforcé ses autres moyens aériens et testé l’A400M pour les feux de forêt.
Au passage, rappelons aussi l’intérêt d’avoir construit une coopération européenne. Si la Croatie ou le Portugal envoient aujourd’hui des renforts, ce n’est pas par simple élan d’amitié, mais grâce à un dispositif anticipé et organisé au niveau de l’Union européenne.
Enfin, la dernière polémique qui m’a laissée sans voix : « c’est la faute des écologistes ». Celle-là, je ne l’avais pas vue venir. Je ne suis pas écologiste, mais bon… quel est le rapport avec la choucroute ?
Surtout, cela me paraît très loin de la réalité. L’an dernier, lorsque j’étais ministre, j’ai lancé une grande campagne d’information sur les obligations de débroussaillage, pas suffisamment respectées. J’ai également fait adopter une loi renforçant les pouvoirs des maires pour qu’ils puissent se substituer aux propriétaires défaillants. Et, à l’époque, cela faisait consensus.
Je sais bien qu’à un an de l’élection présidentielle la tentation est grande de tout politiser. Mais cela ne justifie ni les coups bas, ni les infox. La majorité silencieuse des Français nous montre un tout autre chemin : se serrer les coudes, agir sans calculer et préparer notre pays aux conséquences du dérèglement climatique.
L’Espagne brûle. L’Italie brûle. Ces dernières années, la Californie et le Canada ont brûlé. Ce n’est pas une question de couleur politique. C’est ce qui nous attend si nous continuons à émettre trop de CO₂.
Même si la France et l’Europe ont fortement réduit leurs émissions de gaz à effet de serre, l’État n’empêchera pas les prochains aléas climatiques. En revanche, nous pouvons mieux nous former, mieux nous équiper et mieux nous préparer.
Nous avons un plan : le Plan national d’adaptation au changement climatique. Il faut désormais accélérer sa mise en œuvre et renforcer son financement, même si le budget de l’écologie a déjà été doublé. Parce que c’est un investissement qui protège les Français.