Faire de la Science la boussole de l’action publique

Le 21 mai dernier, lors de la cérémonie de remise des prix des thèses du ministère de la Transition écologique, j’ai tenu à réaffirmer une conviction essentielle : face à la désinformation et aux discours simplistes, la science doit guider nos décisions publiques. Défendre la recherche, la liberté académique et des politiques fondées sur les faits est une condition de la transition écologique et démocratique. Fière d’avoir pu affirmer cette conviction au travers du discours prononcé à cette occasion.
Mesdames et Messieurs,
Je suis heureuse d’accueillir à l’Hôtel de Roquelaure des chercheuses et des chercheurs talentueux, engagés, pour cette deuxième édition des Prix de thèses du ministère de la Transition écologique.
Je suis d’autant plus heureuse de le faire à une date qui n’est pas anodine : le 21 mai, qui marque le début de la Fête de la Nature.
La fête de la Nature c’est quoi ? Cinq jours, partout en France pour en apprendre plus sur nos paysages et les espèces qui les peuplent. Cinq jours aussi, bien sûr, pour sensibiliser les Français à l’urgence de mieux protéger notre environnement. Pour cela, vous le savez mieux que quiconque : la science joue un rôle essentiel. Car pour mieux protéger, il faut d’abord connaître, comprendre. Comprendre les mécanismes du climat. Comprendre les liens entre les écosystèmes et nos activités humaines. Comprendre l’impact de l’homme sur la biodiversité.
C’est exactement ce à quoi vous vous êtes attachés dans vos travaux de thèse. Et c’est pourquoi cela avait tellement de sens que cette remise de prix intervienne en ce premier jour de Fête de la Nature.
Pour que cette journée puisse avoir lieu, un important travail de sélection a été réalisé. Et je sais combien la tâche du jury et du comité scientifique fut difficile pour départager les plus de 150 candidats.
Je tiens pour cela à remercier tout particulièrement la présidente du comité scientifique, Valérie Masson-Delmotte. Je sais son agenda chargé et ses engagements nombreux. Je la remercie donc de son implication dès la première édition de ce concours.
Je la remercie aussi, plus largement, pour son travail permanent afin de faire progresser la connaissance du climat et sensibiliser l’ensemble des Français à ces enjeux. Je remercie également les autres membres du comité scientifique, ainsi que les services de mon ministère, que ce soit l’IGEDD, le CGDD, ou les équipes du secrétaire général, pour l’organisation de ce concours.
Cette remise de prix, elle n’intervient pas seulement à une date symbolique, elle intervient aussi à un moment symbolique au niveau international.
Un moment où les populistes cherchent à affaiblir la parole scientifique.
A un moment où, dans l’Utah, pour conserver une subvention, un professeur en urbanisme a dû supprimer le mot « climat » du titre de ses travaux.
A un moment où la NASA a licencié sa scientifique en chef, une ancienne co-présidente du GIEC, victime des coupes budgétaires et d’une chasse au « wokisme ».
A un moment où la liberté académique est menacée dans plusieurs démocraties ; où un certain climato-relativisme s’installe dans une partie de la classe politique occidentale ; où certains voudraient ranger les vérités scientifiques dans le champ des « opinions », sans aucune forme de hiérarchie.
Dans ce contexte, notre pays, fidèle à son histoire, à l’esprit des Lumières, fait le choix de la science.
D’abord, en proposant l’Europe comme terre d’accueil pour les chercheurs ne pouvant plus effectuer leur travail correctement chez eux. C’est le sens de l’initiative « Choose Europe for science », lancée ce mois-ci par le Président de la République et dotée de 100 millions d’euros.
Le choix de la science, ensuite, en soutenant et en investissant dans la recherche, et en faisant de la science la boussole de nos politiques publiques.
A l’heure où la désinformation et les fake news circulent plus vite que les faits, où l’on manipule les chiffres et les émotions, nous faisons le choix du « facts and data », des faits et des données tangibles.
Quand je défends les ZFE, ce n’est pas par idéologie ; c’est au nom de la science et de la médecine qui nous rappelle les morts prématurés, les mois de vie perdus, les maladies respiratoires, les cancers et les AVC causés par la pollution de l’air.
Quand je défends la neutralité technologique et la place du nucléaire au niveau européen, ce n’est pas par idéologie ; c’est car la science nous montre que c’est une énergie décarbonée et accessible nécessaire pour sortir des fossiles.
Quand je défends le modèle du cas par cas français dans ses aires marines protégées, ce n’est pas par idéologie ; c’est parce que les chercheurs de l’IFREMER ont expliqué les vertus de ce modèle.
Et je pourrais continuer comme cela longtemps.
Bien sûr que la politique ce sont des choix plutôt que d’autres. Mais pour faire ces choix, notre boussole, ce doit être la science.
De nombreuses données manquent encore. Et de nombreux doutes existent encore en matière de pollutions ou d’effondrement de la biodiversité par exemple.
Face à ces incertitudes, nous avons besoin de toujours plus de recherche et de données, pour faire des choix de politique publique éclairés, efficaces.
Cette ambition, je l’ai retrouvée dans vos travaux.
Que ce soit l’étude de Célia ESCRIBE consacrée à « l’articulation optimale des leviers d’atténuation dans le bâtiment et le logement », qui rappelle pleinement l’ambition, que j’ai portée, de réduire la consommation d’énergie des logements grâce à la sobriété et aux rénovations thermiques.
Que ce soit, encore, l’étude de Thibault LAIGRE sur « le rôle des écosystèmes côtiers dans la prévention des catastrophes naturelles ». Un sujet d’une grande actualité. Celle du plan national d’adaptation au changement climatique et du plan spécifique pour nos littoraux que j’ai demandé au Comité national du trait de côte de construire.
L’actualité aussi de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan que notre pays accueillera à Nice dans les tous prochains jours.
Un événement qui permettra notamment de mettre en lumière les défis de l’érosion côtière et de l’adaptation du littoral aux effets du dérèglement climatique. Un Sommet des villes côtières sera d’ailleurs organisé juste avant l’ouverture de la conférence.
Que ce soit, aussi, les études de Constance BLARY ou Elias FEKHARI, toutes deux sur le sujet de l’éolien. L’une sur son impact sur la biodiversité et les oiseaux, l’autre sur l’optimisation du dimensionnement des éoliennes en mer et l’évaluation de leur production. Ou que ce soit, enfin, l’étude de Romain SORDELLO sur l’impact des pollutions sensorielles sur la mobilité des espèces et leur habitat. Vous avez raison d’avoir consacré vos travaux à ce sujet. Alors que la question du dérèglement climatique est assez bien identifiée, trop souvent on survole le sujet de la biodiversité comme celui des différentes pollutions. Pollutions de l’air, du sol, de l’eau mais aussi, comme vous le montrez, sonores, olfactives, sensorielles. Ce sont pourtant trois combats jumeaux, aussi essentiels si nous voulons réussir notre transition écologique.
Vous l’avez compris, les travaux que vous avez menés, ne vont pas seulement nourrir la recherche. Ils viennent compléter, challenger, nourrir les politiques publiques menées, en ce moment-même par le Gouvernement et ce ministère.
Je vous le dis : au-delà des bourses que vous obtenez aujourd’hui, soyez certains de l’utilité concrète des travaux que vous avez menés.
Je dis cela, bien sûr, pour les lauréats qui seront récompensés dans quelques instants. Mais je dis aussi cela pour les 150 candidats à cette deuxième édition. 150 ! La preuve que la recherche dans le domaine de l’écologie attire et inspire.
J’ajoute me féliciter que, que ce soit dans les candidats ou dans les lauréats, on retrouve beaucoup de jeunes femmes. C’est un combat que je porte de longue date, dans tous les ministères où je suis passé : à Bercy, à l’Energie et aujourd’hui, à l’écologie. Un combat de longue haleine pour que les jeunes femmes soient mieux représentées dans nos filières scientifiques, mathématiques, techniques, biologiques, comme parmi nos chercheurs. Et ce soir, vous êtes un véritable motif d’espoir. Je compte donc sur vous, notamment Mesdames, pour être de véritables mentors. Pour encourager d’autres jeunes filles à suivre la voie de la science.
C’est d’ailleurs tout l’objectif du plan « Filles et Maths » présenté il y a quelques jours par ma collègue Elisabeth Borne.
Mesdames et Messieurs, chères chercheuses, chers chercheurs, je sais que ces thèses, ce concours, ne constituaient, pour la plupart d’entre vous, qu’une première étape dans vos carrières professionnelles respectives.
Certains d’entre vous vont continuer dans la recherche et l’enseignement ; d’autres ont déjà intégré nos administrations et nos opérateurs ; d’autres encore ont rejoint le monde de l’entreprise.
Peu importe le chemin que vous empruntez, ce qui compte c’est que vous gardiez la même ambition de proposer des solutions concrètes et de bousculer certains dogmes. Ici, dans ce ministère, je mesure combien j’ai la chance de m’appuyer sur des chercheurs, des scientifiques d’exception, que ce soit à l’IFREMER, à l’OFB, au Cerema ou au BRGM. Continuez de vous mobiliser parce que, je vous le disais, dans un monde de désinformations, nous avons besoin de la rigueur et de l’esprit scientifique. Sans cela, nous sommes désarmés.
Embrasser la science, ce n’est pas seulement percer les mystères du monde. C’est aussi bâtir les fondations d’un esprit libre, curieux et pleinement accompli.
Je vais maintenant laisser la parole à Valérie Masson-Delmotte, qui, j’en suis sûre pourra, elle aussi, vous dire combien la science et le travail que vous avez réalisé sont essentiels.
Je vous remercie.