La controverse sur l’Ademe est à l’image du débat politique en France

La controverse sur l’Ademe est à l’image du débat politique en France. Peu importe la réalité de l’action de cet opérateur, ce qui compte pour une bonne partie de notre classe politique, c’est l’opportunité de marquer une posture virile en revendiquant une décision forte :…
La controverse sur l’Ademe est à l’image du débat politique en France. Peu importe la réalité de l’action de cet opérateur, ce qui compte pour une bonne partie de notre classe politique, c’est l’opportunité de marquer une posture virile en revendiquant une décision forte : supprimer ou affaiblir un opérateur de l’écologie qui est devenu un totem.
Sauf que… l’Ademe a une fonction essentiellement économique :
Elle participe au financement d’investissements d’entreprises, de collectivités locales ou de ménages (changement de modes de chauffages, évolution des process industriels, création de nouveaux sites de recyclage) ;
Qui visent à renforcer la compétitivité de notre pays, faire baisser la dépense publique et créer du pouvoir d’achat ;
Tout en fournissant du travail non délocalisable.
Bref, l’Ademe crée de la croissance, libère les entreprises de leur dépendance aux fossiles et baisse la facture d’énergie de tout le monde.
On devrait s’en réjouir.
Mais comme l’heure est à la mâle revendication de mesures fortes, que l’Ademe manipule des montants importants en investissements et qu’elle est associée à l’écologie, elle est un coupable tout trouvé pour des politiques paresseux.
Donc on raconte n’importe quoi.
1ère option : supprimer l’Ademe pour faire des économies théoriques.
Sauf que… les frais de fonctionnement de l’Ademe s’élève à… 25 millions d’euros, rien à voir avec les 4 milliards revendiqués. Quant au personnel ils ont une productivité jugée très satisfaisante par l’IGF et la cour des comptes.
Et le retour sur investissement des projets soutenus est supérieur au coût des personnels.
Au passage, l’Ademe gère aussi des missions orphelines essentielles et dont personne ne veut (le suivi et la mise en sécurité d’anciens sites industriels pollués et dangereux par exemple).
2ème option : détacher les personnels de l’ADEME au sein de l’Etat local en les plaçant sous la direction des Dreal.
C’est tout à fait curieux que ce soit les mêmes qui se plaignent de « l’inefficacité » des Dreal qui envisagent cette option. Mais on n’est pas à une incohérence près.
Surtout, l’Ademe gère des projets ÉCONOMIQUES ET INDUSTRIELS. Quand on a mis les directions régionales de l’Ademe ces dix-huit derniers mois sous la tutelle des préfets, c’était déjà une mise sous tutelle de l’Etat et c’était logique. Les préfets sont la tour de contrôle de l’action de l’Etat dans les territoires. Ils portent une vision économique et juridique des dossiers. Ils font la synthèse de tous les enjeux pour trancher au service de l’intérêt général.
Mais quel est le message de mettre des personnels de l’Ademe théoriquement déjà pilotés par le préfet et qui développent des projets économiques sous une tutelle spécialisée dans les autorisations environnementales et déjà débordée par les demandes (plus de 14.000 ICPE en instruction / plus de 2,5 années de délai moyen d’instruction) ?
Bref nous avons un nouvel exemple où la forme et la communication prennent le pas sur le fond. Et les pseudo supporters de l’efficacité de l’Etat – qui n’ont jamais géré une entreprise de leur vie, mais donnent des conseils de management à qui veut les entendre – vont à nouveau mettre le boxon dans un truc qu’on avait remis sous contrôle et qui marchait correctement (transparence des budgets vs parlement, tutelle des préfets, validation explicite de la stratégie et des communications par les ministres…).
Au moment où chacun se demande « comment on en est arrivé là ? » dans la complexification de l’action publique et le sentiment d’inefficacité globale, on continue à creuser gaillardement !
Ce n’est pas comme si il n’y avait pas de vraies urgences… Par exemple comment faire pour diviser par deux les délais d’instruction en Dreal ? Mais proposer de renforcer les services de l’Etat pour améliorer le service public, c’est vrai que c’est moins vendeur… même si ça, ca permettrait d’accélérer des projets utiles.
Avec un collectif de climatologues, d’économistes et d’anciens ministres de tous horizons politiques, nous publions une tribune dans Le Monde pour dénoncer cette fausse réforme !