Femmes victimes de violences sexuelles : après la violence, l’hôpital doit être le premier refuge

Chaque année, des centaines de milliers de femmes subissent violences et agressions sexuelles, mais seule une sur six porte plainte. Pour briser le silence et protéger les victimes, 45 personnalités appellent à faire de l’hôpital un lieu sûr, où écoute, protection et preuves permettent un accès réel à la justice.
Par Patricia Chapelotte, présidente fondatrice du Prix de la Femme d’Influence, et 44 personnalités issues de la société civile et politique
Chaque 8 mars, les discours sur l’égalité se multiplient. Mais la réalité, elle, s’écrit dans le silence des chiffres : en un an, les services de police ont enregistré 272.000 victimes de violences conjugales (extrait du rapport annuel du SSMSI, « Insécurité et délinquance : bilan 2024 »). Ce chiffre, déjà vertigineux, n’est que la partie émergée de l’iceberg. Au-delà des faits signalés, on estime que 217.000 femmes subissent chaque année un viol ou une tentative de viol en France, selon l’enquête nationale de victimation VRS (Vécu et Ressenti en matière de Sécurité), pilotée par le SSMSI.
Dans près de la moitié des cas, soit environ 97.000 femmes, l’agresseur est le conjoint ou l’ex-conjoint (synthèse des enquêtes de victimation relayée par la MIPROF et le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes). Pourtant, face à ces crimes commis dans l’intimité, seule une victime sur six ose aujourd’hui franchir le seuil d’un commissariat.
Beaucoup n’iront jamais jusqu’à la justice, faute de preuves. Parce qu’elles ont eu peur, honte, ou simplement parce qu’après le choc, elles n’ont pas su où aller. Pourtant, chaque heure compte : sans preuves médicales, pas de justice, il n’y a quasiment aucune chance de condamner l’agresseur.
» Nous devons permettre à chaque victime de parler là où elle se soigne. «
C’est pour cela que l’hôpital doit devenir le premier lieu de justice. Aujourd’hui, plus de 500 établissements en France permettent déjà de déposer plainte directement sur place. Ce dispositif n’est pas un luxe administratif : c’est un bouclier vital. Là, entourées de soignants, les victimes sont écoutées, protégées, et leurs blessures constatées. C’est le point de départ d’une enquête solide et d’une condamnation possible.
Attendre qu’une femme trouve la force de franchir la porte d’un commissariat, souvent plusieurs jours après les faits, c’est la condamner à l’oubli judiciaire. Nous devons supprimer ce « parcours de l’angoisse » et permettre à chaque victime de parler là où elle se soigne. Aujourd’hui, 524 établissements de santé permettent déjà ce dépôt de plainte simplifié. C’est un pas en avant, mais la réalité est criante : cela ne représente que 17 % des 2.965 hôpitaux et cliniques de notre pays (DREES – Études et résultats parus le 13 novembre 2025).
Le gouvernement a annoncé à plusieurs reprises la généralisation de ces dépôts de plainte à l’hôpital d’ici fin 2026. C’est une avancée, mais le temps de l’administration n’est pas celui des victimes. Chaque jour de retard, c’est une agression de plus sans suite. Un rappel qui incite à l’action : seulement 16 % des femmes victimes de violences portent plainte. Par ailleurs, Une étude récente révèle que 42 % des plaintes pour violences conjugales sont encore classées sans suite (étude réalisée par le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Justice publiée le 18 décembre 2025), souvent faute de preuves caractérisées.
» Investir massivement pour que plus aucune victime ne soit laissée seule face à son silence. «
L’ancien Premier ministre Michel Barnier avait présenté le 25 novembre 2024 un « plan de bataille interministériel » destiné à intensifier la lutte contre les violences faites aux femmes, s’engageant alors à permettre aux femmes de porter plainte dans chaque hôpital de France doté d’un service d’urgence et d’un service gynécologique d’ici à fin 2025, y compris dans les territoires ultramarins (discours de politique générale de Michel Barnier et plan de bataille interministériel pour l’égalité).
La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, a déclaré que le dispositif de dépôt de plainte à l’hôpital serait généralisé à l’ensemble des établissements dotés d’un service d’accueil des urgences (SAU) d’ici la fin de l’année 2026. Cela change tout, parce que l’hôpital est un lieu neutre où vous pouvez immédiatement être protégée et bénéficier d’une écoute attentive.
N’oublions pas l’existence de 120 « maisons de santé des femmes » qui ont ouvert leurs portes ou sont en cours d’ouverture ou de financement, dans 97 départements, de l’Hexagone et de l’outre-mer. Ces maisons de santé des femmes permettent un accompagnement global des victimes, une prise en charge globale.
Pour ce 8 mars, nous souhaitons accélérer la signature de conventions entre hôpitaux et parquets dans tous les départements, soutenir les 120 « maisons des femmes » (chiffre officiel du Ministère délégué à l’Égalité entre les femmes et les hommes concernant le maillage territorial) qui incarnent cette prise en charge globale, investir massivement pour que plus aucune victime ne soit laissée seule face à son silence. Notre influence n’a de sens que si elle protège. La justice doit aller là où la douleur s’exprime — dans nos hôpitaux, au plus près des femmes.
Patricia Chapelotte, présidente fondatrice du Prix de la Femme d’Influence
Michèle Alliot-Marie, ancienne ministre
Muriel Attal, directrice communication corporate chez France Télévisions
Quentin Bataillon, ancien député et président de la commission d’enquête
Nadine Bellurot, sénatrice de l’Indre
Céline Bekerman, associée fondatrice Bekerman Cadeo
Annick Billon, sénatrice UDI, vice-présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat
Valérie Bonnement, directrice générale adjointe groupe Hopscotch
Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris
Sylvie Casenave-Péré, présidente du Groupe Posson Packaging
Stephanie Charruault-Toussaint, présidente du salon du livre d’Alençon
Dino Cineri, ancien député conseiller régional AURA
Sandrine Chauvin, directrice exécutive éditoriale international et membre du Comité exécutif de LinkedIn
Elisabeth Descombes, directrice déléguée de Challenges
Didier Drogba & Gabrielle Lemaire-Drogba
Agnès Evren, sénatrice de Paris
Mathilde de l’Ecotais, Studio Mathilde de l’Ecotais
Rebecca Fischer-Bensoussan, co-fondatrice de Yolo
Véronique Forge, fondatrice et CEO Business d’O Féminin
Angélique Gérard, présidente de Stem Academy
Anne Ghesquière, fondatrice de Métamorphose Podcast
Olga Givernet, ancienne ministre, députée de l’Ain
Joséphine Goube, CEO de Sistech
Laetitia Helouet, Haute fonctionnaire, présidente de l’Observatoire national de la politique de la ville
Tara Heuzé-Sarmini, entrepreneuse & innovatrice
Emmanuelle Hoffman, ancienne députée, avocate
Linda Kebbab, brigadier-chef supérieur de Police, Secrétaire Nationale UN1TÉ, vice-présidente d’Initiative Sécurité Intérieure
Bernard de La Villardière, journaliste, président de la société Ligne de Front Production
Nathalie Loiseau, ancienne ministre, députée européenne Horizons
Emmanuelle Leneuf, présidente-fondatrice de FlashExplorers
Jeanine Mabunbda, présidente de la Fondation briser le Silence
Rosalie Mann, présidente fondatrice de No More Plastic Foundation et du Humann Prize
Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre, députée du Pas-de-Calais
Violette Perrotte, directrice générale de Maisons des femmes Restart
Cécile Rap-Veber, directrice générale – gérante / chief executive officer de la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique
Véronique Riotton, députée de Haute-Savoie , présidente de la délégation aux droits des femmes
Florence Sabourin, présidente fondatrice de The Leverage Advisory
Sandrine Sarroche, auteur et humoriste
Marlène Schiappa, ancienne ministre, présidente d’ONG
Claire Supiot, 1ère athlète olympique et paralympique de l’histoire du sport français
Katia Terrassoux, Directrice déléguée du Pôle Hôtelier du groupe Terra Nova
Prisca Thevenot, ancienne ministre, députée
Barbara Thomas David, notaire associée et présidente-fondatrice de Notaires au Féminin.com
Aziliz de Veyrinas, directrice communication & événements du Groupe Les Echos-Le Parisien
Caroline Vigneaux, humoriste, actrice et réalisatrice