Face à des prédateurs comme Donald Trump, nous devons nous servir de l’Etat de droit comme d’une force d’action

Le règne de l’arbitraire est de retour dans les relations internationales, déplore, dans une tribune au « Monde », un collectif de 50 députés centristes, parmi lesquels l’ancienne première ministre Elisabeth Borne. Ils appellent la France et l’Europe à rester fidèles à leurs principes.
Les générations passées ont appris, souvent dans la douleur, ce que devient le monde lorsque l’arbitraire écrase le droit et que la loi du plus fort s’impose. Sans valeurs ni principes, chacun devient une cible potentielle dans une guerre de tous contre tous, où la violence entre les Etats nourrit toujours celle entre les individus et frappe d’abord les plus fragiles.
C’est pour rompre avec cette logique que, de la naissance de l’Etat de droit en Angleterre à la philosophie des Lumières, des révolutions française et américaine à l’après-seconde guerre mondiale, s’est construit un contrat social fondé sur le droit, la règle commune et les libertés individuelles. De cette ambition sont nées les Nations unies, l’Union européenne. Car les principes ne sont pas abstraits : ils émancipent, libèrent, et protègent l’intérêt collectif. Le chaos, lui, ne profite qu’aux puissants.
Or l’actualité aux frontières orientales de l’Europe, en mer de Chine, en Afrique, au Proche-Orient ou en Amérique rappelle brutalement que le règne de l’arbitraire est de retour. L’arrestation du despote Nicolas Maduro et les menaces sur le Groenland en sont l’illustration. Donald Trump ne se justifie même plus de la défense de la démocratie, mais revendique une logique de domination et de prédation. Face à cela, certains prônent l’allégeance à la force comme nouvelle norme des relations internationales. Nous devons faire le choix inverse : rester fidèles à nos principes et au droit, tout en bâtissant une France et une Europe puissantes et souveraines.
Le droit, qu’il soit constitutionnel ou international, n’est ni naïf ni moraliste. Ces principes sont universels et y renoncer hors de nos frontières, c’est les fragiliser chez nous. Leur force réside dans leur universalité. Quand la force prime, alors l’Etat de droit est considéré comme un luxe, les contre-pouvoirs comme une gêne et les règles comme des entraves, la violence devient dès lors la seule loi.
Tentation populiste
Cette stratégie est déjà à l’œuvre dans nos démocraties. Les attaques contre la Constitution et ceux qui en sont les garants, la remise en cause des droits humains, de la presse, de la science et de la justice ne sont jamais accidentelles : elles traduisent une ambition de conquête du pouvoir construite sur la division, le mensonge, le chaos.
Hélas, cette tentation populiste s’étend au-delà des seuls extrêmes. Les initiatives parlementaires et politiques actuelles viennent, trop souvent, céder à cette facilité au seul motif que le « bon sens », l’efficacité supposée ou la popularité de telle ou telle mesure devraient servir de seul guide à l’action politique. Ce n’est pas notre conception du courage, de l’exigence de vérité et du principe de responsabilité.
Quand la règle commune se dissout, il ne reste plus qu’une logique dangereuse : celle du bouc émissaire. Le riche contre le pauvre, l’étranger contre le citoyen, et finalement tous contre tous. Ce n’est ni de la politique ni de l’e!cacité, mais l’aveu d’impuissance de ceux qui ont renoncé à gouverner par le droit. Nous refusons le faux dilemme entre les principes et l’e!cacité. La loi du plus fort ne prépare aucun avenir durable, qu’il s’agisse de notre jeunesse, du climat, de notre compétitivité, de l’intelligence artificielle ou de la protection des plus vulnérables. Pas plus qu’elle ne permet de répondre e!cacement aux défis de sécurité, d’immigration ou de laïcité, pour lesquels la fermeté nécessaire doit s’appuyer sur le respect du droit, de la justice et de nos valeurs.
Nous, progressistes, humanistes et démocrates, avons la responsabilité de refuser ce glissement. Non par déni des urgences ou des colères, mais parce que nous savons que nos valeurs ne sont pas un refuge : ce sont des leviers et des balises dont il faut plus que jamais nous servir. Face à des prédateurs qui pensent leur heure arrivée, nous ne pouvons pas nous contenter de « défendre » l’Etat de droit comme on protège un patrimoine menacé ; nous devons nous en servir comme d’une force d’action. Car le droit et les valeurs ne sont pas l’inverse de l’autorité et de l’action : ils en assurent la seule forme légitime et durable. S’en déposséder, ce serait désarmer la démocratie, déshériter les générations futures de ce qui fait la force de notre nation, et les livrer aux appétits de ceux qui n’ont en ligne de mire que leurs intérêts, ici comme ailleurs.
Elisabeth Borne, ancienne Première ministre, députée du Calvados
Marc Fesneau, président du groupe les Démocrates, ancien ministre, député du Loir-et-Cher ;
Stéphane Travert, ancien ministre, Président de la Commission des Affaires économiques, député de la Manche ;
Geneviève Darrieussecq, ancienne ministre, députée des Landes ;
Olga Givernet, ancienne ministre, députée de l’Ain ;
Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre, députée du Pas-de-Calais ;
Astrid Panosyan-Bouvet, ancienne ministre, députée de Paris ;
Philippe Vigier, ancien ministre, député de l’Eure-et-Loir ;
Christophe Blanchet, vice-Président de l’Assemblée nationale, député du Calvados ;
Florent Boudié, président de la Commission des lois, député de Gironde ;
Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, député du Haut-Rhin ;
Sandrine Le Feur, présidente de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, députée du Finistère ;
Perrine Goulet, présidente de la délégation aux droits des enfants de l’Assemblée nationale, députée de la Nièvre ;
Erwan Balanant, député du Finistère ;
Géraldine Bannier, députée de la Mayenne ;
Anne Bergantz, députée des Yvelines ;
Éric Bothorel, député des Cotes-d’Armor
Blandine Brocard, députée du Rhône ;
Lionel Causse, député des Landes
Mickaël Cosson, député des Côtes d’Armor ;
Laurent Croizier, député du Doubs ;
Romain Daubié, député de l’Ain ;
Camille Galliard-Minier, Députée de l’Isère ;
Guillaume Gouffier Valente, député du Val-de-Marne ;
Jean-Carles Grelier, député de la Sarthe ;
Frantz Gumbs, député de Saint-Barthélemy et Saint-Martin ;
Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône ;
Sandrine Josso, députée de la Loire-Atlantique ;
Benoît Larrouquis, député des Français établis hors de France ;
Philippe Latombe, député de la Vendée ;
Pascal Lecamp, député de la Vienne ;Delphine Lingemann, députée du Puy-de-Dôme ;
Emmanuel Mandon, député de la Loire ;
Éric Martineau, député de la Sarthe ;
Jean-Paul Matteï, député des Pyrénées-Atlantiques ;
Stéphane Mazars, député de l’Aveyron ;
Ludovic Mendes, député de Moselle ;
Sophie Mette, députée de la Gironde ;
Louise Morel, députée du Bas-Rhin ;
Hubert Ott, député du Haut-Rhin ;
Didier Padey, député de la Savoie ;
Jimmy Pahun, député du Morbihan ;
Frédéric Petit, député des Français établis hors de France ;
Maud Petit, députée du Val-de-Marne ;
Josy Poueyto, députée des Pyrénées-Atlantiques ;
Richard Ramos, député du Loiret ;
Sabine Thillaye, députée d’Indre-et-Loire ;
Marie-Pierre Rixain, député de l’Essonne ;
Nicolas Turquois, député de la Vienne ;
Christopher Weissberg, député des Français établis hors de France.