L’industrie est incontournable pour la transition écologique

Avec vos nouvelles attributions de ministre déléguée à l’Industrie, vous êtes chargée de cette reconquête industrielle et souveraine que le Chef d’Etat présente comme une des grandes priorités du monde d’après. Comment abordez-vous votre mission ?

La crise va jouer un rôle d’accélérateur des transformations numériques et écologiques. Je crois en une nouvelle révolution industrielle qui nous permettra de basculer dans un nouveau modèle productif. L’industrie représente 12% du PIB, génère des emplois directs, mais surtout quatre fois plus d’emplois indirects dans les services ! Produire en France est donc un enjeu vital pour l’emploi. C’est également un moyen de combattre les fractures territoriales en redéveloppant des sites loin des grandes métropoles. On le voit bien, la carte de la désindustrialisation coïncide souvent avec la carte politique de la montée des extrêmes. Enfin, l’industrie est incontournable pour réussir la transition écologique puisqu’elle intervient dans toutes les activités : transports, construction, agriculture, etc.  

La France a surtout été marquée ces dernières décennies par une désindustrialisation continue, plus forte encore que chez nos principaux voisins européens…

Avant la crise et depuis 2017, année où le solde s’est inversé pour la première fois depuis 2000, nous avions réussi à recréer 30 000 emplois industriels nets. C’est le résultat d’une politique volontariste voulue par le président de la République et qui a remis la France sur la première marche du podium européen en termes d’investissements directs étrangers. En 2018, nous accueillions deux fois plus de projets industriels que l’Allemagne, soit 339 contre 152 outre-Rhin et 203 en Turquie.

Comment développer l’industrie en France tout en réduisant son empreinte carbone ?

Entre 1995 et 2015, les émissions de CO2 de l’industrie en France ont diminué de 40%, à cause de la désindustrialisation mais aussi grâce aux efforts entrepris pour diminuer les émissions de CO2. Les émissions globales de CO2 du pays ont elles aussi diminué, de 20%. Mais sur la même période notre empreinte carbone, c’est-à-dire la somme des émissions de CO2 sur le territoire et de celles générées par les produits que nous importons, a augmenté de 17% ! 

Que cherchez-vous à démonter ?

On a désindustrialisé la France au profit de pays qui ont une moins bonne empreinte carbone, notamment parce qu’ils recourent fortement au charbon qui est à la fois la source d’énergie la plus répandue sur terre et la plus polluante. Résultat, cela a été la double peine pour la France avec une baisse de l’emploi industriel et une hausse de notre empreinte carbone. Il s’agit maintenant de faire le chemin inverse en produisant davantage en France. Le fait que nous ayons une production d’électricité non carbonée à 90% nous donne un vrai avantage compétitif. L’autre bonne nouvelle, c’est l’arrivée d’une taxe carbone aux frontières de l’UE avec une proposition de la Commission qui doit être sur la table pour la fin de l’année.

Avec la décarbonation, vous présentez la numérisation comme l’autre grand défi technologique de l’industrie de demain. Mais l’empreinte carbone du numérique explose elle aussi !

Le problème est lié au fait que les usages des technologies numériques sont de plus en plus importants et donc plus énergivores. En revanche, les nouvelles technologies numériques sont de plus en économes en énergie et nous devons donc travailler avec les opérateurs et les utilisateurs pour que l’empreinte carbone totale se réduise. Au regard des enjeux pour l’industrie, la numérisation des usines présente d’immenses avantages. Cela réduit la pénibilité du travail avec des gains de productivité jusqu’à 30%. Et plus votre coût du travail est élevé, plus votre retour sur investissement est rapide. C’est donc un levier très puissant pour regagner des parts de marché et localiser des productions sur le territoire national.

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