Mes prédécesseurs n’ont pas pu empêcher des délocalisations

Entretien avec Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, chargée de l’Industrie.
Propos recueillis par Marie de Greef- Madelin et Frédéric Paya
La France a-t-elle donc tiré la leçon des masques du début de la crise sanitaire ?
Notre pays a été à cours de masques, comme beaucoup d’autres pays ; il n’y a pas eu de différence entre la France et l’Allemagne. Rappelons que l’Allemagne a autorisé la réutilisation des masques à usage unique dans les services de santé, ce que nous nous sommes refusés à faire. Mais cet épisode a mis en évidence que les chaînes logistiques mondiales pouvaient s’interrompre brutalement alors qu’elles étaient considérées comme un acquis de la mondialisation. Quand Wuhan s’est arrêté fin janvier, j’ai suivi de près les chaînes d’approvisionnement de l’industrie automobile; nous avions des inquiétudes sur la capacité de ces chaînes à tenir si la province de Wuhan restait durablement fermée. Le sujet qui s’est posé de manière très visible pour les masques, il se pose en Europe sur bien d’autres secteurs.
C’est ce qui nous amène à repenser les chaînes mondiales de production en nous posant la question du risque de rupture. Il est nécessaire, pour les entreprises, de l’intégrer dans leurs politiques d’approvisionnement et pour nous, dans notre politique industrielle. Dans le cadre du plan de relance, nous avons lancé des appels à projet pour relocaliser des éléments critiques de production.
Quels sont–ils en France ?
Ils portent sur cinq secteurs clés : l’agroalimentaire, la santé, la 5G, l’électronique et ce que nous appelons les intrants critiques dans la métallurgie et la chimie : ce sont des éléments probablement modestes mais incontournables dans une production à plus forte valeur ajoutée. Ce mouvement n’est pas propre à la France : on trouve des points de convergence partout en Europe. Il y a ce que nous relocalisons en France et ce que nous relocalisons sur le vieux continent. Je viens par exemple de donner un coup de main à ma collègue autrichienne qui risquait de voir son dernier site de production d’antibiotiques partir à l’étranger. J’ai considéré que c’était l’intérêt de la France que ce site reste en Autriche parce que c’est une chaîne de production plus maîtrisable que si elle part à l’autre bout du monde.
La crise a souligné les effets pervers de la mondialisalisation. Des pans entiers de l’économie sont partis à l’autre bout du monde. Doit-on entreprendre le mouvement inverse, une réindustrialisation complète ou partielle ?
Fabriquer tout et n’importe quoi en France n’aurait pas de sens. L’approche que nous avons, est de considérer que nous sommes un continent solide qui a vocation à augmenter sa part fabriquée en Europe pour répondre aux besoind du marché européen. Cela a un intérêt économique en termes de création d’emplois et un intérêt écologique puisque nous minimisons l’empreinte carbone en supprimant les déplacements de marchandises et en produisant avec de meilleurs performances environnementales.
Lire l’intégralité de l’interview sur le site de Valeurs Actuelles