Des trésors de biodiversité : en visite dans les aires marines protégées au large de Marseille

Extrait : Le sommet mondial sur les océans est dans un mois à Nice. Quel sera l’enjeu prioritaire ?

Ce sommet doit être un moment de vérité et un jalon pour montrer à quel point la protection des océans et des écosystèmes marins est essentielle pour nous, humains. Un océan ne peut pas être le Far West. Nous allons pousser à la ratification des traités existants, pour nous doter de règles du jeu dans les eaux internationales, là où seule la piraterie est interdite aujourd’hui. Une vingtaine d’Etats ont déjà ratifié le traité BBNJ pour la protection de la haute mer et de la biodiversité marine mais il en faut soixante pour l’appliquer. Nous allons donc mettre la pression sur un maximum de pays pour qu’il soit mis en œuvre dans l’année. Je rappellerai également notre position de moratoire sur l’exploration des fonds marins.

Des associations et des scientifiques plaident pour donner une personnalité juridique aux océans ou à la Méditerranée pour mieux les protéger. Est-ce envisageable ?

Je regarde ces travaux avec attention, je n’ai pas d’opinion arrêtée à ce sujet. Mais je ne veux pas qu’on perde de vue que lorsqu’on impacte la biodiversité marine, on se fait mal à nous-même, en tant qu’humains. Il y a la tentation, chez les populistes, de nous faire croire que protéger la nature, c’est agir pour une abstraction. Mais les atteintes à l’environnement ont un impact sur la santé des humains. Et ce sont toujours les plus vulnérables d’entre nous qui paient le plus cher les conséquences des pollutions, du changement climatique ou de la pêche illégale. Enfin, d’un point de vue juridique, cette reconnaissance pourrait avoir un intérêt, mais il existe un risque politique de séparer l’humain des écosystèmes dont il dépend et de nourrir le fantasme que l’écologie s’opposerait aux citoyens.

Vous évoquez la pêche illégale qui ravage les ressources. Le sommet de Nice doit-il apporter des réponses ?

La pêche illégale ravage les côtes d’Afrique ou d’Amérique latine notamment du fait de bateaux usines qui ne respectent rien, ni l’environnement, ni les droits des pêcheurs. Il faut mobiliser au maximum les Etats pour empêcher cela et imposer les règles de l’organisation internationale du travail aux pêcheurs concernés. Ces bateaux déstabilisent les économies des pays concernés puisque les personnes qui vivent de la pêche artisanale – un milliard dans le monde – n’ont plus rien à pêcher après le passage de ces usines flottantes. Accroitre la protection de nos océans passe aussi par le renforcement des aires marines protégées. Elles couvrent aujourd’hui 8% des eaux mondiales, plus de 30% en France. Mon objectif est d’améliorer ce chiffre, y compris chez nous.

Des aires protégées où le chalutage est autorisé, alors qu’il provoque souvent des ravages. N’est-ce pas paradoxal ?

Je me rapporte à la science, c’est ma boussole. Nos aires marines protègent parfois des fonds marins, parfois des oiseaux, parfois d’autres enjeux. L’objectif est de diminuer au maximum les pressions humaines sur ces enjeux, sans interdire par principe telle ou telle activité humaine. Les actions diffèrent suivant qu’on veut protéger les fonds, la surface, la colonne d’eau. Le chalutage de fond n’est autorisé s’il y a des fonds marins à protéger comme des herbiers de posidonie, par exemple. Mais dans certaines zones où il y a des mammifères marins, d’autres techniques de pêche peuvent être plus dangereuses. C’est le « cas par cas » que suggère l’Ifremer et que la Commission européenne reprend à son compte.

Marseille est-elle un symbole de la protection des mers et océans ?

Oui, ne serait-ce que pour la lutte contre la pollution en Méditerranée. Je présiderai à Nice un sommet des ministres méditerranéens de l’Environnement pour prendre de nouveaux engagements en matière de lutte contre la pollution plastique. A Marseille aujourd’hui, je veux montrer ce qu’on est capable de déployer de manière exemplaire. Les Marseillais sont fiers de leur parc national des calanques. Et ils ont raison ! Ce lieu parle au quotidien des gens. Il préserve la ressource halieutique dans une mer très abimée. Et il montre que la protection de la biodiversité concerne tout le monde, que c’est possible et qu’on peut travailler ensemble. Les herbiers de posidonie et les petits coraux y sont essentiels. Ce sont des trésors de biodiversité, des puits de carbone, un rempart contre l’érosion côtière. La plage de Fontsainte, où je me baignais enfant à La Ciotat, a quasi disparu. Abimer ces herbiers, c’est comme casser les vitres d’une école. C’est inacceptable car c’est un bien commun. La nature nous protège, nous devons la protéger et la restaurer.

Les arbitrages gouvernementaux tournent de plus en plus en défaveur de l’environnement. Comment le vivez-vous ?

C’est plutôt le discours entendu chez certains politiques qui est problématique. On assiste à une forme de libération de la parole contre l’écologie. Elle serait à l’origine des problèmes de pouvoir d’achat des Français ou de revenus des agriculteurs. Les populistes nous abreuvent de visions caricaturales. La vérité c’est que la première cause de la baisse des rendements agricoles est le dérèglement climatique et l’appauvrissement des sols lié aux activités humaines. Tout l’enjeu est de remettre l’écologie dans ce qu’elle est vraiment : populaire, défendant les plus vulnérables. Dans un contexte où certains semblent fascinés par Donald Trump, il y a une facilité à confondre le problème et sa solution. De l’autre côté, les écologistes nous ont fait croire que l’écologie est un enjeu de lutte des classes et d’interdictions punitives, alors qu’il faut bâtir ensemble des solutions et fédérer le plus grand nombre.

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